Zorki 10

Le bloc soviétique



1964, le Zorki 10 est le premier appareil entièrement automatique produit en URSS. Looké comme un monolithe à la gloire du régime et emmanché de sa curieuse cellule en nid d’abeille faisant le tour de l’objectif, cet appareil pourrait passer pour une relique de la conquête spatiale à la mode CCCP. Mais ce serait prêter des intentions bien trop futuristes aux vénérables ingénieurs soviétiques. Le Zorki 10 n’est en fait qu’une copie d’un appareil japonais, le Ricoh Auto 35 V.


Autant dire qu’en ce milieu des sixties, chez Zorki on est bien loin du swinging London en matière de direction artistique et du pays du pays du soleil levant en ce qui concerne les évolutions technologiques. Depuis la seconde guerre mondiale, la Krasnogorski Mekhanicheskii Zavod (KMZ, pour les intimes, qui signifie à peu près Fabrique Mécanique de Krasnogorsk), située dans la banlieue ouest de Moscou est spécialisée dans la réplique d’appareils photo Leica. La plupart des modèles copiés datent d’avant la guerre (Leica II et suivants), ce sont des appareils 35 mm télémétriques à monture à vis. C’est du Leica, donc solide et bien conçu, mais pas forcément très moderne pour les années 60. Dans ce contexte, le Zorki 10 arrive donc comme un supersonique Tupolev au milieu d’une patrouille de biplans.



Soyons réaliste, dans sa conception, l’appareil n’est pas non plus une totale révolution culturelle pour la Russie photographique de l’époque. C’est toujours un télémétrique. Mais un vent d’est souffle et lui apporte quelques raffinements jusqu’alors inconnus de ce côté du mur de Berlin : son originale cellule, disposée derrière un plastic alvéolé tout autour de l’objectif lui donne un petit côté co(s)mique et surtout permet d’en faire un appareil automatique ! Pour l’occasion, le Zorki 10 inaugure une nouvelle échelle de sensibilité, on dit au revoir à l’ancien système GOST - utilisé seulement en URSS - et bonjour aux ASA dont l’intelligente conversion (20, 40, 50, 80, 100, 160, 250, 320) ne correspond à presque aucune sensibilité connue sur le marché de la pellicule (la correspondance DIN est également visible en dessous de l’appareil).


L’appareil est déconcertant à prendre en main. Le levier d’armement est situé en bas du boîtier et s’actionne vers l’avant, le déclencheur est sur le fut de l’objectif, ce qui était assez courant sur de nombreux appareils plus anciens mais fait bizarre sur un objet à l’allure si futuriste. Le mot ergonomie ne fait pas partie du lexique du Zorki 10. La mise au point se fait à l’aide d’un ergo dépassant de la bague dédiée, bonne idée car la dite bague est si fine qu’il est quasi-impossible de la saisir, et mauvaise idée parce que l’ensemble des contrôles de prise de vue sont disposés tout autour de l’objectif… Mise au point rime donc avec slalom méticuleux si on ne veut pas tout dérégler avant de déclencher. Mais qu’importe, il faut qu’il soit beau ce nouveau Zorki. Car c’est surtout son aspect qui doit faire son succès commercial. Le Zorki 10 doit avant tout en jeter, il est destiné à l’exportation et aussi loin qu’on soit du monde capitaliste dans l’URSS de la guerre froide, on sait qu’à l’Ouest il existe un concept commercial nommé « achat impulsif ».
À défaut d’être agréable à manier, le Zorki 10 n’est pas un mauvais appareil en terme de performances. Bon, c’est pas non plus une bête de course, hein. Sa cellule présente l’avantage de fonctionner sans pile mais aussi les inconvénients d’être fragile et pour le moins aléatoire dans ses mesures, surtout en conditions lumineuses délicates (contre-jour, neige, etc.). Par contre, son objectif fixe, un Industar-63 45 mm f/2,8 à f/22, est très bon ! Il fait du Zorki 10 un outil polyvalent permettant aussi bien de jouer les reporters que les portraitistes. La gamme de vitesses s’étend de 1/30s à 1/500s et une synchro flash est possible via un câble, au 1/30s, la griffe flash ne disposant d’aucun contact. Cet engin futuriste fait donc montre de possibilités jusqu’alors inconnues pour un modèle russe. Le Zorki 10 est d’ailleurs médaille d’or de la foire internationale de Leipzig 1965… Détail de l’histoire qui vaut ce qu’il vaut. Et puis ne mettons pas tous ces défauts sur le dos des russes, tous ces défauts d’ergonomie se retrouvent également sur le discret Ricoh Auto 35V qui servit de modèle.



À sa sortie, le Zorki 10 fait payer cher son look de capsule Soyouz cubiste, près de 385 Francs en 1964 (ce qui représenterait un peu plus de 660 Euros en 2015). Pourtant, ni son prix ni son design particulier et encore moins son ergonomie désastreuse ne l’empêchent de rencontrer le succès. il sera produit de 1964 à 1978 à plus de 330.000 exemplaires. Aujourd’hui, il n’est donc pas rare sur le marché de l’occasion mais reste difficile à trouver en bon état de marche, il faut compter au moins 50 Euros pour un modèle fonctionnel, plus de 100 Euro pour un nickel. Ses défaut principaux étant la mort subite de la cellule au sélénium et un dérèglement chronique du télémètre, ce sont les deux points les plus importants à vérifier en cas d’achat, même impulsif. Mais l’objet est si déconcertant qu’il vaut la peine d’être essayé, il procurera au photographe-curieux des sensations de prise de vue assez originales et délivrera des images techniquement décentes. Et puis avec son design de pavé de la Place Rouge et son poids digne d’une Lada, un Zorki 10, même complètement HS, peut aisément se lancer dans une brillante carrière de presse-papier. Alors n’attends plus, camarade, fais l’expérience du fleuron de l’industrie photographique communiste ! Paye toi un Zorki 10, oublie le choc des mots et fais l’expérience du poids de la photo.



NB: Et si le vrai collector n’était pas le Zorki 10, mais son jumeau maléfique Zorki 11 ? Il est encore moins pratique à utiliser car dépourvu de télémètre et simplement équipé d’une échelle de distance inscrite sur l’objectif, et surtout il est beaucoup plus rare car produit à seulement 60.000 exemplaires de 1964 à 1966. Camarade collectionneur, au travail !

Toutes les différentes versions du Zorki 10 sur Soviet Cams :
http://www.sovietcams.com/index.php?1778661640
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Fiche technique

Fabricant
KMZ

Produit de 1964 à 1978
(la version export est siglée « Made in USSR » sur le flanc droit)

Type
Télémétrique 24x36 à objectif fixe

Optique
Industar-63 45 mm - f/2,8 à f/22

Fonctionnement
Mise au point manuelle
Mode A (tout automatique)
Mode priorité à l’ouverture
Mode B (pause B)

Mesure de la lumière par cellule au sélénium

Gamme de sensibilité
20 - 320 ASA

Obturateur
1/30s - 1/500s (synchro flash 1/30s)

Dimensions
129x77x76 mm

Poids
750g
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Auteur - Th/V

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