Nikon D70

L'aube du nouveau monde



Six malheureux millions de pixels, capteur CCD, un mode rafale qui culmine à 3 images par seconde… C'était il y à peine quinze ans, en 2004, l'année où facebook apparaissait sur les écrans. Il est facile de se moquer du Nikon D70, ou de son concurrent direct - le Canon 300D, facile de les ridiculiser en comparant leurs fiches techniques à celle d'un boîtier de la fin des années 2010. Mais à quoi bon ? D'abord, c'est pas bien de se moquer, et ensuite il ne faudrait pas oublier que le vénérable D70 a tout simplement changé la face du monde. Ni plus, ni moins.



D'aucun diront que le vrai game changer, c'est le Canon 300D. Et moi je dis que le vrai collector c'est le Nikon D70. Alors oui, d'accord, le 300D a été le premier reflex numérique abordable, en ce sens il est le déclencheur d'un engouement sans précédent, du raz de marée numérique qui va ensuite déferler - pour de bon - sur le monde de la photo. Mais si le D70 n'était pas venu le provoquer en duel les choses ne seraient aujourd'hui pas du tout les mêmes. Entre émulation et course à l'armement, c'est bel et bien la bataille des géants qui a tiré tout le monde vers le haut et a fait tant progresser le matériel durant les quinze années à venir. Mais ce n'est pas tout, contrairement au Canon 300D qui préfigure d'entrée de jeu le futur de sa marque, le Nikon D70 se positionne en charnière entre deux, voir trois époques.


Moderne et ergonomique, doté de presque tous les derniers raffinements et accompagné d'un excellent objectif de kit - le 18-70 DX - Monsieur D70 ouvre une brèche particulièrement excitante pour les photographes amateurs en général, et les nikonistes en particulier. À l'instar du Canon 300D, le D70 est le premier reflex numérique abordable de la marque. Il ouvre en grand les portes d'un marché colossal. En ce sens, il est résolument tourné vers l'avenir. Mais sans le savoir, il se positionne aussi en dinosaure à l'aube d'un grand cataclysme. Pendant que Canon fait le bon choix en optant pour la technologie de capteur CMOS, Nikon reste fidèle au CCD alors en vogue. Même si les deux technologies se valent sur le plan des performances, le CMOS l'emportera par la suite grâce à un plus faible coût de production. Les travaux de développement iront donc dans le sens du CMOS. Un point d'avance pour Canon.


Mais qu'importe, parce qu'à l'époque le Nikon D70 et son CCD Sony, baptisé DX (donc au format APS-C) sont capables de performances tout à fait comparables à celles de son rival, c'est à dire excellentes.  Plage de sensibilité allant de 200 à 1600 ISO, RAW + Jpeg, vitesse d'obturation montant au 1/8000, deux molettes de commandes (le Canon n'en a qu'une), autofocus prédictif à 5 points en continu (ne riez pas, souvenez vous, on est en 2004), flash intégré iTTL capable de piloter des flashs déportés… La fiche technique du D70 à beaucoup de points communs avec celles de ses grands frères D100 (l'expert) et D2H (le pro), et tous deux sont beaucoup plus chers. De plus, le petit nouveau est très réactif à la mise sous tension, contrairement au Canon qui vous laisse en plan pendant 3 secondes avant d'être prêt à faire feu, et surtout il est costaud. Le D70 est cossu, il est lourd juste ce qu'il faut et respire la qualité à la vue comme au toucher, là encore le 300D n'est pas à la hauteur. Enfin, détail non négligeable, le D70, comme tous les Nikon depuis plus de trente ans, est emmanché de la fameuse monture F, à quelques très rares exceptions près il est donc compatible avec un parc optique gigantesque, ce n'est pas le cas du Canon.


S'il n'y avait eu ce satané CCD au cœur des entrailles du D70, Nikon aurait rendu une copie alors très proche de la perfection. Mais à l'époque le CCD n'était pas un mauvais choix. C'était le standard et son potentiel de développement permettait de croire en l'avenir… Mais le monde de la photo numérique était en pleine euphorie, la croissance économique du secteur allait de paire avec celle des pixels sur les capteurs, chaque choix était un paris. C'est justement sur ce point précis qu'à mes yeux le Nikon D70 est bien plus collector que le Canon 300D. Le 300D est une bombe, un pionnier, d'accord, mais pour se faire il fait table rase du passé et se tourne totalement vers l'avenir en faisant des choix alors inédits pour l'époque (orientation bas de gamme et nouvelle monture EF-S). Le D70 aborde l'avenir d'une façon plus nuancée. À l'utilisateur il offre les mêmes nouveautés en terme de rapport qualité/prix, mais il le fait à la fois en respectant les fidèles de la marque avec sa monture F qui le connecte directement à l'ère argentique et en couronnant la première décennie de l'ère numérique (grosso modo 1995-2005). Le D70 c'est un peu la quintessence du premier âge de la photo numérique grand public. Le reste appartient à l'Histoire, la guéguerre Canon Vs Nikon faisant office de locomotive, conjuguée au développement d'internet, et plus particulièrement des réseaux sociaux, a contribué à changer durablement le monde de l'image, et les métiers qui y sont attachés, modifiant au passage et en profondeur notre rapport à la réalité… Mais je ne suis ni sociologue ni philosophe, je frise le hors sujet.


Au moment où je tape ce lignes, un Nikon D70 se négocie entre 75 et 120 euros, selon son état et le "kilométrage" de son obturateur. Même tarif en ce qui concerne son sidekick, l'excellent Nikkor AF-S 18-70 f/3,5-4,5G ED DX. Un kit avec boîte d'origine, CD et tout le tralala s'échange en général entre 150 et 200 €. Mais est-ce que ça vaut le coup ? J'ai envie de dire oui, doublement oui. Si c'est pour collectionner, foncez sur un D70. Si c'est pour shooter, essayez de dénicher un D70s. Ce dernier diffère très peu du D70, il dispose juste d'un firmware un peu plus élaboré (meilleurs autofocus, piqué et gestion du bruit), d'un écran LCD plus grand (enfin, moins petit je veux dire), d'une meilleure capacité de batterie et le flash intégré porte un peu plus loin. Quoi qu'il en soit, la qualité d'image est au rendez-vous, surtout si vous utilisez des logiciels de traitement dernier cri (Lightroom ou DXO), vous verrez que le piqué est surprenant et que le fameux capteur CCD s'en sort pas si mal que ça en ce qui concerne le bruit. Enfin, shooter au D70 / D70s à la fin des années 2010, c'est un peu comme conduire une (bonne) voiture d'il y a vingt ou trente ans, on a un peu plus de sensations et un peu moins d'options. Enfin, techniquement vous constaterez que l'appareil tient parfaitement la comparaison et que 6 million de pixels sont tout aussi suffisants pour faire de très bonnes photos que 50 millions le sont pour en faire de très mauvaises.
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Fiche technique

Nikon D70 / D70s



        Pixels effectifs [millions] : 6.1

        Taille du capteur DTC (L x H) [mm] : 23.7 x 15.6
       
        Plage de sensibilité [ISO] : 200 - 1600

        Images par seconde (continu) Mémoire tampon [vues JPEG] 3:12 / 3:144

        Modes couleur / 3 modes : sRVB (tons chair), Adobe RVB (espace couleur large), sRVB (paysage).

        Modes d'exposition : Digital Vari-Program, P, S, A, M

        Vitesses d'obturation [s] : 30 - 1/8,000 + Bulb

        Interface : USB 1.1 / USB 2

        Système autofocus : Multi-CAM900

        Poids approx. sans batterie ni support d'enregistrement [g] : 595 / 600

        Dimensions approx. (LxHxE) [mm] : 140 x 111 x 78
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Auteur - Th/V
PHOTOS © Th/V / NIKON / CANON

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