Le Tone

Made in Occupied Japan




À la fin des années 40, le Japon occupé n’est pas au mieux de sa forme. Mais les photographes amateurs de l’Empire du Soleil Levant ne sont pas prêts à renoncer à leur loisir favori. Alors, pour réduire les coûts de fabrication et pouvoir proposer des produits abordables, les fabricants développent un concept vieux d’une dizaine d’années : le mame kamera (豆カメラ), plus connu sous le nom de « Hit-type camera » dans le monde occidental. Il s’agit en fait de tout petits appareils photo fonctionnant avec du film de 17,5 mm ; ils étaient peu coûteux à l’achat et la pellicule 17,5 mm était bien meilleur marché que le 35 mm (normal, elle est moitié plus petite). Le premier appareil de ce type serait le Midget, créé par un certain Nakamura Jirō en 1937. Mais c’est bel et bien la situation économique difficile du Japon occupé qui va propulser les mame kamera sur le devant de la scène.

En général un mame kamera est plutôt économique, à la conception, comme à l’usage. À la manière d’un box-camera des années 30, beaucoup d’entre eux sont dotés d’une ouverture fixe et d’une seule vitesse d’obturation - quand il ne s’agit pas d’un obturateur de type « everset » (qui va à la vitesse où on l’actionne). Les images prises font 14 x 14 mm et si dans l’ensemble tout cela fonctionne plutôt bien, on ne peut clairement pas parler de performance technique, enfin, à part en ce qui concerne la miniaturisation du boitier.


Mais dans ce paysage d’appareils sub-miniatures aussi mignons que cheap, en 1948/49 sort un certain Tone (トーン) qui ne va pas tarder à reléguer tous ses concurrents au rang de (mini) dinosaures de la photographie de poche. C’est que le (tout) petit (riquiqui) nouveau est bien plus évolué techniquement. Il dispose de trois vitesses d’obturation (1/25, 1/50 et 1/100) et de la pose B, accessibles via un sélecteur situé sur le haut du boîtier. L’objectif Tone Anastigmat 25 mm f/3,5 dispose d’un diaphragme fermant jusqu’à f/11 et est capable de faire la mise au point de 90 cm à l’infini. L’avance du film s’effectue à l’aide de la grosse molette située sur le dessus de l’appareil tandis que l’armement de l’obturateur et le déclencheur sont disposés de chaque côté de l’objectif. Au dos de l’appareil, une petite glissière permet de contrôler l’avance du film. Petit mais plutôt bien foutu, le Tone dispose même de deux viseurs (un traditionnel à l’arrière de l’appareil et un autre sur le haut). Je n’ai pas trouvé d’information précise concernant les dimensions du Tone, mais quelques photos le montrant près d’une pièce de monnaie donnent une idée assez précise. Il est vraiment minuscule. Tout ça en 1949 et dans un si petit corps… Si jamais le moindre doute à plané sur le sujet, je le lève immédiatement : ‘sont forts les japonais !

Le Tone est un petit appareil aujourd’hui assez connu et apprécié des collectionneurs mais, curieusement, il y a pas mal de vignettage et de flou artistique en ce qui concerne ses origines. Selon la fondation Eastman, il serai l’œuvre de la Togo Seiki Kogaku, une vénérable entreprise d’optique de Tokyo, mais ça pourrait être une erreur. Il ne serait pas non plus issu des ateliers de la Tōkō Shashin K.K. (東興写真㈱, installée dans le quartier de Chiyoda à Tokyo) bien qu’il arbore un logo TOKO… Plus vraisemblablement, le Tone aurait été produit par Tōyō Kōki Seizō K.K. (東洋光機製造㈱, également située à Tokyo, dans le quartier de Yodabashi), qui aurait cessé ses activités dans les années 50.

Aujourd’hui les Hit-cameras sont en général assez appréciés par les collectionneurs, le Tone ne fait pas exception à la règle. Il est parfois exclu de la catégorie des mame/Hit pour cause de trop grande technologie mais il dispose de caractéristiques qui le rendent unique dans son style et son époque. S’il se vendait moins de 10 Dollars aux US au début des années 50, aujourd’hui il est devenu quasiment introuvable… Et beaucoup plus cher, mais pas inabordable. Son prix peut dépasser la centaine d’Euros, ce qui reste cher pour un vieil appareil miniature mais correct si l’on considère le fait que durant un temps, il fut le meilleur de sa classe.
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Auteur - Th/V

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