KONICA Hexar AF
Petit appareil pour grand reporter
Il y a quelques marques qui ne figurent pas vraiment au panthéon des grands noms de la photographie, Konica est l’une d’entre elles. Mais une règle de base veut que ces marques, bien que peu célèbres - ou peu célébrées, aient toutes un modèle devenu culte auprès de l’intelligentsia photographique. Il y a, entre autres, Epson et son RD1, Yashica et son Mat, et le fameux Hexar de Konica. Appareil souvent révéré comme le meilleur compact 35 mm de tous les temps, le Konica Hexar AF est aussi régulièrement comparé au fameux M6 de Leica, pour son ergonomie, ses dimensions, la qualité superlative de son 35 mm f/2 et son silence de fonctionnement. Compact, il ne l’est pas tant que ça, mais digne de tutoyer le légendaire M6, carrément !
En 1992, la plupart des constructeurs grand public se tirent la bourre sur le terrain de la haute technologie. Entre Minolta, Canon, Nikon et Pentax, c’est à celui qui aura le meilleur autofocus, l’obturateur le plus rapide ou la synchro flash la plus élevée. Tandis que dans les salons et autres revues spécialisées on parle 1/8000 de seconde, voire 1/12000, Konica prend tout le monde à revers et lance un appareil marginal qui renoue avec les fondamentaux de la photographie. Une focale fixe axée reportage enchâssée dans un boitier simple et sans fioritures, et basta. Du moins, c’est la sensation qu’on ressent quand on shoote à l’Hexar, mais en fait, l’appareil recèle tout de même quelques raffinements technologiques aussi efficaces que discrets. Tout d’abord son autofocus… À infrarouge et doté de 3 zones de mesure et 290 paliers ! Un truc d’une efficacité redoutable. Contrairement à nos reflex numériques qui ont besoin d’une lampe guide quand la lumière vient à manquer (bonjour la discrétion), votre Hexar AF fait le point sans broncher quelles que soient les conditions lumineuses et sans avoir l’air d’un phare au milieu de la nuit. Deuxième point fort du l’Hexar : son mode silencieux, qui agit par ralentissement de l’avance du film. On perd un peu de temps entre deux vues mais avouez qu’entre son AF imparable et capable de fonctionner dans les pires conditions, son mode silencieux, son excellent 35 mm f/2 et son non moins excellent viseur - qui couvre exactement le champ de l’objectif, quelle que soit la distance du sujet, ce petit Konica est vrai outil de grand reporter.
Bon, son ergonomie n’est peut être pas la meilleure du monde. Le réglage de l’ouverture se fait via la roue crantée qui est située autour du déclencheur. Les réglages ne sont pas rappelés dans le viseur mais sur un écran à cristaux liquides. Il n’y a pas de flash intégré (mais l’Hectare AF était vendu avec son flash dédié). Cela dit, l’appareil est tout de même doté de fonctions intéressantes pour un compact : 3 modes de prise de vue (programme, priorité à l’ouverture, manuel - avec indicateur d’exposition +/- dans le viseur), mesure spot, possibilité de faire la mise au point manuellement (par boutons +/-, on a vu plus agréable à manier mais en pratique ça fonctionne bien), mesure spot et codage DX débrayable. Enfin, la cellule de l’Hexar AF est très bien réglé et l’appareil expose avec une grande précision.
Le premier Hexar AF (1992-97) est noir et est le seul à être officiellement équipé du fameux mode silencieux. Il semblerait qu’un autre constructeur aie déposé un brevet concernant ce sytème avant Konica. En 1997 le mode silencieux est désactivé, mais pas retiré… Il reste accessible grâce à la combinaison suivante :
1/ Éteignez l’appareil
2/ Maintenez la touche MF enfoncée et allumez l’appareil (ne relâchez pas la touche MF une fois l’appareil allumé)
3/ Attendez l’affichage d’un L sur l’écran (et là, vous pouvez relâcher MF)
Attention, si vous éteignez l’appareil, le mode silencieux se désactivera et il faudra recommencer la manip’ pour le remettre en route.
Le Konica Hexar AF est resté au catalogue tout au long des années 90, se déclinant en plusieurs versions :
- Hexar (1993, modèle tout noir)
- Hexar Classic (1993, série limitée à 2000 exemplaires pour les 120 ans de la marque, finition chrome, ajout d’un fonction Auto bracketing)
- Hexar Gold, aussi appelé Titanium (1993, sérieux limitée à 500 exemplaires, là encore pour les 120 ans de la marque, finition dorée)
- Hexar Rhodium (1994)
- Hexar Silver (1997, finition argent, disparition du mode silencieux, ajout d’un dos dateur, d’une fonction expositions multiples, prise en charge des films infrarouge et sélection manuelle du nombre guide en fonction du flash)
Le Konica Hexar est-il oui ou non le meilleur compact de tous les temps ? Possible. À vous de voir. On pourrait le comparer au superbe Nikon 35Ti mais ce dernier n’a hélas pas la fiabilité du Konica. Et si on en juge par le nombre de fans qu’il a eu et qu’il a encore aujourd’hui, toute l’encre qu’il a fait coulé dans la presse spécialisée des années 90 et le nombre d’articles qui lui sont régulièrement consacrés sur internet, le moins qu’on puisse dire c’est que l’Hexar ne laisse pas indifférent. C’est un appareil un peu paradoxal. Sous un faux air de Leica M, il se la joue un peu Cartier Bresson, revendiquant une certaine idée de la photographie, une idée ou la simplicité du matériel le dispute à la pureté de l’acte photographique. Avec lui, pas besoin d’une batterie d’objectifs, un petit sac suffit, voire la poche du votre veste kaki de baroudeur des rues. Et pourtant, malgré son apparente simplicité, le Konica Hexar est un appareil bourré d’électronique, et c’est précisément là que se situe toute la magie du tour de force réalisé par cette grande marque - rappelons que Konica est née avant Kodak, en 1863. Je crois qu’aucun appareil ne peut se vanter d’aussi bien réussir à faire le pont entre les époques, entre tradition et inovation (à part peut être le Fuji X100/X100T, mais seule l’Histoire nous dira si j’ai raison, ou tort). En 1992, l’Hexar embarque toute la technologie nécessaire pour faire des photos techniquement irréprochables mais sans en faire étalage sur sa carrosserie. Au contraire, il revendique un classicisme assumé de l’acte photographique. Aujourd’hui, en 2015, je vois le Konica Hexar comme le plus grand collector des années 90, et l’un des appareils les plus significatifs de l’ère moderne de la photographie en 35 mm. Hélas je pense ne pas être le seul à considérer cet appareil avec autant de respect, et sa côte s’en ressent. Il faut compter au moins 400 € pour un exemplaire courant (Black ou Silver). 400 €, c’est beaucoup pour un appareil de cette époque, mais c’est la rançon d’un succès amplement mérité.
—
Fiche technique
Fabricant
KONICA
Produit de 1992 à ?
Type
Compact 24x36 autofocus
Objectif
fixe 35 mm f/2 - f/22 / mise au point minimum à 60 cm
Cellule
SPD centrale pondérée ou spot
Fonctionnement
Mode Programme
Mode Priorité Ouverture
Mode Manuel
Gamme de sensibilité
6-6400 ISO
Obturateur
1/30s - 1/250s (synchro flash 1/200)
Dimensions
137,5x76,5x64,5 mm
Poids
495g
Alimentation
Pile(s) 1 x 2CR5 (6V lithium)
--
Auteur - Th/V
Photos © KONICA
--
Auteur - Th/V
Photos © KONICA






Commentaires
Enregistrer un commentaire